4 heures du mat’

14 fév

Il est 4h du matin, je suis devant mon ordinateur et je me dis : “Qu’est-ce qu’il a bien pu t’arriver ? Où est passé le gars que tu étais ?”

Et c’est à peu près comme ça que les choses ont commencé.

Je me suis réveillé encore bourré sur un canapé, à priori celui de mon appartement, et la première chose qui m’est venue à l’esprit est : “Qu’ai-je encore fait ?!?”

J’ai essayé d’entrer dans ma chambre, mais sans mes clefs c’est plutôt difficile, alors j’ai essayé de retrouver ma veste. Je suis sorti dehors et j’ai été agressé par le soleil déjà levé. Je marchais dans une direction, sans savoir laquelle, simplement en essayant de me persuader que c’était la bonne. Sur mon chemin j’ai croisé cet ami, le Danois, et il m’a dit : “Mec, le Finlandais s’est fait arrêter par les flics hier soir !” Et dans ma tête je pensais : “pourvu que ce ne soit pas de ma faute.” Alors je lui ai dit : “Je dois retrouver ma veste !” Je crois qu’il ne m’a pas compris, mais il m’a laissé partir, fuir à la recherche de ce que j’avais perdu, comme on laisse s’envoler le papillon qui s’est posé quelques secondes plus tôt sur notre main.

Là, comme sorti de nulle part par, comme le Loch Ness dans la mer noir, a surgi dans ma tête le nom de cette résidence : Cambridge. Alors j’ai appelé un taxi, et le Haïtien est venu, parce que c’est toujours le Haïtien qui vient. Je me demande si c’est le seul chauffeur de taxi par ici. Peu importe, il me dépose au pied de ce que je crois être La résidence. J’essaye de me remémorer le trajet, je monte les escaliers, tourne à droite, et toque à la porte. Un geek obèse albinos ouvre (peut-être ne l’était-il pas, mais c’est comme ça que je l’ai vu). Là je me dis : “non, je n’étais pas là hier soir, je me souviendrais de lui quand même !” alors je m’excuse platement et lui demande à tout hasard s’il n’a pas vu mes clefs ?” Je crois qu’il a refermé la porte. Lire la suite 

En transit – 1

10 oct

La plupart du temps, nous savons comment les choses finissent, mais bien souvent, nous ignorons leur commencement.

 

Assis à ma table, la tête entre mes mains pour contenir la samba qui s’y jouait, je regardais l’aspirine effervescente se dissoudre dans mon verre. Je ne me rappelais plus de la veille, mais le tchatcha d’acide gastrique qui chamboulait mes tripes semblait être une piste sérieuse quant aux raisons de mon amnésie. Mon téléphone posé sur la table se ramena à moi par deux brèves secousses. “Bon weekend l’ivrogne”. Un numéro inconnu et pas le moindre indice sur l’identité de son propriétaire. Après un effort démesuré, je réussis à répondre un : “Merci, mais qui es-tu ?”. Je bus mon aspirine qui avait fini de crépiter, en espérant que ses particules achèveraient mes maux, ou à défaut, m’achèveraient moi. Mon portable vibra de nouveau. “Je suis la fille que tu as demandée en mariage hier soir…” Je relus une demi-douzaine de fois ce message pour être sûr que les reliquats d’alcool ne me jouaient pas de tours, mais aucun doute ne semblait possible. Comment sauver la face ? J’avais demandé à cette fille de m’épouser et pourtant, pas la moindre trace d’elle dans ma mémoire embuée. Instinctivement, je me levai et me préparai une deuxième aspirine, une seule ne suffirait pas à m’achever. J’avais mille questions à lui poser, sur elle, sur hier soir, sur la dévaluation de la note, sur la dette américaine… mais une retint mon attention plus que les autres : “Tu as dis oui ?” Après coup je me rendis compte que ce ne fut pas la meilleure des questions. Toutefois, peu après, je reçus la plus belle des réponses. “Oui !”. Mon téléphone sonna, j’eu peur que ce fut elle mais le nom de mon ami ainsi qu’une photo de lui peu avantageuse s’affichèrent à l’écran. Je décrochai. “Ouais allo ?” Et une voix anormalement euphorique me répondit. “Mec, t’es un génie, t’es mon Dieu ! La fille que tu as embrassée hier soir était un ange, elle était Eve, Jessica Alba, et Aphrodite réunies. Epouse-là !”

En transit – 2

10 oct

Il est rare que les choses se finissent par une fin.

—  Tu ne te rappelles donc pas comment tout à commencé ? Tu ne te souviens pas tout ce que tu voulais m’offrir ? Tu m’avais promis ton amour, et moi, moi je t’avais offert le mien. Vous êtes tous pareils, mais toi, toi je croyais que tu étais différent. Tu ne vaux pas mieux, tu ne vaux rien.

—  Je… Je … Je te l’avais dit que j’étais un alcoolique. Tu savais que les alcooliques sont tristes. Leur gaieté est triste, et quand ils sont sobres ils sont encore plus tristes. Je suis triste, je te l’avais dit. J’étais déjà triste bourré quand je voulais coucher avec toi, je suis encore plus triste maintenant à jeun devant toi. Je suis encore plus triste qu’une bouteille qui se vide. Je suis triste à te dire que maintenant que je ne suis plus ivre mort je ne veux plus de toi. Tu vaux mieux que moi, je te l’ai dit, mais tu ne m’as pas cru. Aujourd’hui tu me hais, et tous mes congénères avec. Je suis si triste qu’à moi seul j’ai réussi à te faire détester la moitié de l’humanité.

—  Et ça ne te fais rien de me détruire comme ça ? Qu’est ce qui se passe dans ta tête quand tu te rends compte de tous les cœurs que tu brises ? Te rends tu seulement compte ?

—  Si, je m’en rends compte, et cela me rend encore plus triste, de me rendre compte que je suis triste. Mais tu ne comprends pas, je suis en transit, je suis entre deux avions, coincé dans un aéroport rempli de gens de passage. J’attends mon vol, et en attendant je tourne en rond. Mais ça fait trois ans que je tourne en rond maintenant. Trois ans que j’attends mon avion. Trois ans que je suis en transit, que je croise des gens qui me quittent. Tous m’ont quitté, seule ma copine alcoolémie me colle au corps. Je parais pour ne pas être. Mon passeport sur cette terre va expirer et je serais toujours là, une valise vide à la main, vide de tous ceux que j’ai perdus. Quand j’aurais fini ma phrase, et que tu tourneras les talons pour prendre le prochain avion qui te mènera le plus loin possible de moi, ton nom se rajoutera à la longue liste des gens que j’ai croisé dans ce hall d’aéroport.

Et c’est ce qu’elle a fait, elle est partie, sans se retourner. Et même si je n’ai vu que son dos s’éloigner, je savais que sur ses joues des larmes de colère, d’amertume, et de tristesse coulaient. Et moi, moi j’ai fait la seule chose que je sais faire, j’ai bu à en oublier mon nom.

En transit – 3

10 oct

La plupart des gens passent leur temps à se préparer, pour au final, ne jamais être prêt.

Je buvais ma septième vodka, et mon verre était à moitié plein. A ce niveau là, mes capacités intellectuelles étaient déjà, elles, réduites de moitié. J’étais un pilier de bars au sens propre. J’étais le prolongement du tabouret sur lequel j’étais assis, et, arc-bouté, je tenais le bar. L’ambiance était plutôt festive, et une cacophonie de conversations ricochait sur moi comme l’écho sur une paroi. Je regardai mon poignet gauche, mais ne trouvai pas ma montre, je regardai alors le droit, à tout hasard, mais aucune trace d’elle non plus. J’avais surement dû l’oublier dans l’appartement de la fille avec qui j’avais passé la nuit précédente. En le reconsidérant, je trouvais mon verre à moitié vide.

—  Je vous observe depuis près de deux heures, et depuis presque autant de temps je me demande pourquoi buvez-vous seul, et autant ? Vous aviez rendez-vous, mais elle n’est pas venue ?

Sans me tourner vers la voix, j’ai répondu :

—  Oui j’avais rendez-vous, mais vous vous trompez, elle est venue, sept fois.

—  Vous êtes à moitié plein !

—  Ou à moitié vide, c’est selon. En disant cela, je me suis retourné vers mon interlocutrice qui était assise sur un tabouret à ma gauche, mais elle, était dos au bar. C’était une jolie fille, avec dans les yeux, l’air perpétuellement étonné. Non elle n’était pas simplement jolie, elle était vraiment belle. Je me redressai donc, discrètement pour ne pas éveiller les soupçons, et tentai de paraître sobre et désinvolte à la fois, ce qui, dans mon état n’était pas une mince affaire.

—  Je ne sais pas si vous y arriverez.

—  De quoi me parlez-vous ? Dis-je négligemment, tout en prenant mon verre pour boire une gorgée.

—  A coucher avec moi, je ne sais pas si vous y arriverez.

Je m’étouffai, comment diable cette fille avait deviné le fond de ma pensée ? Il me fallait reprendre mes esprits, et vite. J’avais peut-être encore une chance de me la faire. Je me retournai encore un peu plus vers elle, et avec un grand sourire je lui dis :

—  Excusez-moi, je n’ai vraiment pas l’habitude de boire.

—  Arrêtez votre baratin, si vous voulez coucher avec moi, il faudra que vous soyez sobre, et que vous m’invitiez à diner dans un bon restaurant, et ceux trois fois de suite.

—  De quoi parlez-vous ? On dirait que vous me donnez une recette pour préparer une potion magique, alors qu’il nous suffirait d’un soir et d’un lieu tranquille. Moi je suggère ce soir, et chez vous, mais bon c’est à vous de voir…

—  Oui, c’est sûr que c’est plus facile, de coucher avec des inconnues en étant bourré. Vous n’avez pas le souci de vous poser toutes ces questions qui vous tourmenteraient en étant sobre, telles que “est-elle vraiment mignonne ?” Ou “A-t-elle pris son pied comme moi ?” Mais moi ce n’est pas la facilité qui m’intéresse, et si vous voulez qu’on fasse l’amour, il faudra que vous soyez non-alcoolisé, et que vous m’ayez couverte d’attentions, et même là, la réussite n’est pas à la clef !

—  Mais pourquoi ferais-je ça, alors que je peux coucher avec… cette nana là-bas.

—  Parce que si vous couchez ce soir avec cette nana, demain vous serez de nouveau ici, à moitié plein devant un verre à moitié vide. Tandis que si vous passez deux semaines sobres, à me charmer, et que vous y parveniez, alors, au lendemain d’avoir couché avec moi, vous ne serez pas dans ce bar, mais encore dans mes bras.

Je ne savais absolument pas quoi dire, j’avais terriblement envie de cette fille, mais deux semaines sans alcool me semblait être une mission impossible. Seul un miracle comparable à Jésus qui marche sur l’eau pourrait me faire tenir aussi longtemps. Elle bu alors la fin de ma vodka, me lança un clin d’œil, déposa un baiser sur ma joue, et me murmura à l’oreille “A demain soir au coucher du soleil en face de l’ange”.

En transit – 4

10 oct

Il n’est pas évident que l’évidence soit évidente.

Je me trouvais assis sur un banc public, face à une fontaine dont le jet d’eau s’écoulait d’un pot tenu par un petit ange, un petit olivier à la main. Je ne savais pas pourquoi j’étais là, ni depuis combien de temps n’ayant toujours pas récupéré ma montre chez la fille de l’autre soir. Mais depuis que j’e m’étais assis sur ce banc, j’avais vu les enfants sortir de l’école, les travailleurs rentrer chez eux, les fêtards s’assoir au terrasses des cafés, et la lumière progressivement décliner. Je ne savais pas pourquoi j’étais là, je ne savais pas pourquoi j’étais sobre, et surtout, je n’étais pas sûr de la reconnaître. Mes souvenirs embués d’alcoolique me laissaient penser qu’elle descendrait directement des étoiles à ma rencontre. Bon, ce ne fut pas le cas, elle vint de la droite pendant que moi je regardais à gauche un maître tirer tout à la fois nerveusement sur la laisse de son chien et sur sa cigarette.

—  Bonsoir

—  Ah bonsoir, tenez, c’est pour vous.

—  Un olivier ?!?

—  Oui, enfin… on n’en sera sûr que le jour où il donnera ses première olives.

—  Vous êtes sûr de ne pas avoir bu ?

—  Ah, désolé, je ne savais pas que vous étiez de cette sorte de gens qui pensent que l’on à pas besoin d’être ce que l’on doit être pour être ce que l’on prétend être.

—  Bon, je veux bien croire que vous n’ayez pas bu, mais pour l’amour de Dieu, qu’avez-vous fumé ?

—  Rien, mais vous savez, on a le temps de s’en poser des questions en une après-midi quand on est assis sur un banc sans alcool.

—  Vous avez passé tout l’après-midi ici ?

—  Ça dépend de l’échelle de temps que vous accordez au mot “après-midi”.

—  Mais pourquoi diable avez-vous fait cela ?

—  Je me posais justement la question, et je dois avouer que j’espérais secrètement que vous puissiez m’apporter une réponse.

—  La réponse semble être évidente, non ?

—  Oui, je sais ce que vous pensez : “il ne porte pas de montre, évidemment qu’il ne pouvait pas venir à la bonne heure !” Mais détrompez-vous, j’ai longuement évalué cette thèse, et j’en ai conclu qu’elle seule ne suffit pas à justifier ma présence ici.

—  Ce n’est pas du tout ce à quoi je pensais.

—  Ah…

—  Vous ne voyez pas ?

—  Non, pas tellement non.

—  Bon, alors peut-être ferais-je mieux de repartir.

—  Je heu…

—  Bon, alors je vous dis adieu ?

Elle marqua une pose, je la regardais en essayant de faire fonctionner mes méninges le plus rapidement possible afin de trouver cette raison qu’elle semblait connaître. Son regard insista une dernière fois, comme pour me supplier de lui dire la raison pour laquelle je me trouvais au point de rendez-vous. Mais mon cerveau était comme une voiture à laquelle on aurait retiré sa batterie, je tournais la clef désespérément pour le faire réfléchir, mais rien ne se produisait. Elle se retourna et se mit en marche. Elle partit d’une démarche très étrange, entre la rapidité de la colère et la lenteur de l’espoir que je la retienne par une raison valable.

—  Attendez, prenez au moins l’olivier, moi je serais incapable de le maintenir en vie jusqu’à ce qu’il donne ces premières olives, ce qui serait dommage car on ne pourrait alors être certain qu’il s’agisse bel est bien d’un olivier.

Elle se retourna, et son visage exprimait une si grande complexité d’émotions, qu’à ce jour je n’ai encore jamais rien revu de tel. Elle me dévisageait sans bouger, je me levai donc, fis trois pas vers elle et lui tendis l’olivier. Elle le prit puis s’en alla, comme un ange qui remonte au ciel.

Je me rassis sur le banc, et ressentis une profonde tristesse. Peut-être m’étais-je attaché, à l’olivier.

Fidèle et attentionnée, ma plume ne me quitte jamais – Quentin -

4 août

La tristesse superpose un à un ses voiles, pour obscurcir et cloisonner l’esprit que seul un éclair de colère pourra faussement illuminer. Dans cette noirceur, les pleurs et les coups se confondent, œuvrant de concert vers la tombe. C’est là que, une fois revenue, la morne solitude vous murmure qu’elle ne vous a jamais quitté. Tapis dans la part d’ombre qu’elle a pris le soin de créer, elle n’attend que la faille lui permettant de se glisser et de submerger la conscience. Comme un torrent rageur, elle emporte le flot d’illusions fragiles que l’on avait longuement réifiées.  Brisés contre les rochers du désespoir, ces désirs se muent en cyniques imprécations.

Le courant ayant rempli sa besogne, la vacuité s’empare de vous. Seul le doute nous dévore, alors même que l’appétit charnel s’éloigne. La chaleur corporelle n’est plus, elle enveloppera bientôt une nouvelle proie.  Choix ou défaut, l’injustice est là.

Triste ironie : c’est quand l’étincelle s’éteint que le cœur s’embrase pour devenir cendres. Ses battements sont troqués pour ceux des tempes, résultats d’un questionnement permanent et victime de la soudaine cataplexie de l’être choyé. Recroquevillé dans l’inhospitalière froideur de son esprit, on tente de se rassurer : on sait que c’est elle. Mais pourtant, il est temps de comprendre : je ne suis pas lui…

Quentin Berthelot

 

 

 

 

 

 

NB : Voilà, comme vous l’aurez compris, ce texte n’est pas de moi. Il est le premier texte a être publié ici. Il s’agit d’un texte qui m’a retourné, d’une plume amie qui ma retourné.

 

La dérive des sentiments – 1

19 avr

Ce matin là, je me réveillais à côté d’une fille dont je ne connaissais pas le nom. Le soleil filtrait à travers les rideaux plongeant la chambre dans une semi-obscurité. Mes yeux survolèrent la pièce, et c’est comme si je la découvrais pour la première fois. La veille, l’alcool avait coulé à flot et le peu de capacité qu’il me restait en fin de soirée était alors focalisée sur la fille. Lire la suite 

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